| Letter to Le Monde, published on 17 May 2002 | ||
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Espoirs et Défis Les images de deux évènements de la semaine dernière resteront gravés dans ma mémoire et je les compterai parmi les quelques grands moments et tournants de l'histoire dont j'aurai eu la chance d'être témoin. Premièrement, les images et les cris d'alarme de cette jeunesse française donnant un leçon extraordinaire de civisme à nous tous. Ils m'ont inspiré un énorme espoir pour l'avenir de la démocratie en Europe. Cette démocratie plus menacée que jamais par notre manque de volonté et de courage. Dès le lendemain du premier tour ils ont abandonné les fictions de Loft Story pour devenir les acteurs d'un vrai drame de la vie où l'enjeu était leur avenir, l'avenir de la République, de l'Europe et la survie des principes de la democratie. Ils ont senti tout de suite après ce premier tour ce qui était exigé d'eux par l'Histoire. Ils ont été généreux et joyeux. Après la fin de la Guerre Froide, nous avons ressenti l'espoir d'un nouvel ordre mondial, plus équitable, plus juste, plus solidaire, d'un monde avec d'avantage de respect pour les Droits de l'Homme : ces espoirs sont loin d'être réalisés. Nous n'avons pas été assez vigilants, et surtout : nous avons été un peu trop naïfs en croyant que le monde entier allait embrasser immédiatement, et sans en avoir fait l'apprentissage, les principes de cette démocratie qui exige un engagement et une participation constante et militante de chaque citoyen. Nous avons trop l'habitude de nous attendre à ce que tout se fasse instantanément, sans effort, et sans souffrance. Ceux qui sont sortis de l'ombre des pays de l'empire soviétique ont été séduits d'avantage par le mirage de bonheur que notre monde moderne leur offrait que par la lutte constante pour maintenir la liberté. Un monde égoïste et matérialiste où les citoyens des pays soi-disant démocratiques avaient déjà depuis un certain temps oublié leurs devoirs civiques : participer équivalait à être informés et voter en disant qu' "après tout, ça ne sert à rien". Dans une démocratie, on a les dirigeants que l'on mérite. Osons dire non à la médiocrité. Merci à cette jeunesse de France pour cet espoir que vous m'avez redonné. Merci à la France pour avoir suivi vos enfants aux urnes. L'autre image du lendemain du deuxième tour qui m'a frappée et émue a été le sourire de Madame Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix en 1991, sortant au soleil, accueillie par les personnes qui l'ont soutenue comme leur symbole de l'espoir démocratique dans la lutte pour l'indépendance de la Birmanie. Sa lutte date de 1988 : elle avait gagné les élections en 1990 avec 82% des voix. La Junte militaire birmane avait alors refusé d'accepter la volonté du peuple et sa première assignation à résidence a duré jusqu'en 1995. Lorsqu'elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1991, elle est restée prisonnière. Sa liberté de mouvement a été entravée et ses partisans ont été arrêtés et harcelés. Je l'ai rencontrée secrètement en 1997 et ai été frappée par sa beauté rayonnante, sa sérénité et sa détermination, par son courage politique. Elle a accepté de sacrifier sa vie de femme et de mère pour la cause de son peuple. Elle m'a dit qu'il fallait insister sur le maintien des sanctions envers la Junte. Elle avait réalisé que les généraux de la Junte ainsi que les membres de leurs familles avaient pris habitude d'un certain train de vie et qu'ils auraient beaucoup de difficulté à s'en passer après tout ce temps. Il semble qu'elle avait eu raison et qu'ils commencent à en ressentir les effets. J'avais amené ses messages à New York à Kofi Annan, à la Commission à Bruxelles et à Mary Robinson à Genève. Je lui avais envoyé les réponses, les messages d'encouragement et même des disques de Mozart par courrier diplomatique, et dernièrement, une lettre de condoléances après la mort de son mari, mort loin d'elle en Angleterre. Il y a un an j'ai voulu retourner la voir, mais cette fois-ci l'étau était trop resserré autour d'elle et même avec toute l'aide de mes amis diplomates cela n'avait pas été possible. Aujourd'hui ma joie est immense. Ce n'est pas la fin de ces deux histoires, mais seulement des ouvertures et un encouragement dans la lutte pour une vraie démocratie. Il ne faut pas perdre de temps ni d'occasion d'aller jusqu'au bout de ces deux ouvertures. Nous devons travailler main dans la main avec la jeunesse de France et d'Europe. Continuons, restons vigilants et battons-nous pour un monde meilleur. Il ne faut pas abandonner "La dame de Rangoon" et son peuple. Aidons-la à réaliser son objectif d'un partage du pouvoir et une réconciliation nationale du peuple birman. La liberté n'est pas donnée mais gagnée par une vigilance constante. |
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